Séminaire – La narrativité en psychothérapie II – Les passions

13 séances de mai 2018 à juin 2019

La narrativité en psychothérapie II. Sémiotique des passions

Depuis 2012, nous donnons une place croissante, dans nos colloques, à la sémiotique, dont l'usage en psychothérapie (et dans d'autres domaines) s'avère fécond, mais dont l'apprentissage est ardu à défaut d'une initiation adaptée. En septembre 2016, Jean-Claude Maes a commencé à assurer, une fois par mois, quelque chose comme une traduction d’un concept sémiotique utile en psychothérapie, en l’illustrant par des situations cliniques. En 2016-2017, l'accent à été mis sur les actions; en 2018-2019, il sera mis sur les passions; et en 2019-2020, sur le fonctionnement des collectivités.

Ce séminaire, même s'il met l'accent sur les psys, est ouvert à un public assez large: intervenants divers en santé, affaires sociales, justice ou éducation, linguistes, sociologues et anthropologues, philosophes, historiens, hommes de lettre et/ou de théâtre, artistes, curieux, etc. En somme, notre objectif est de rendre accessible à un public le plus large possible une discipline beaucoup plus pragmatique que ne le laissent croire les publications de ses inventeurs.

1. Jeudi 17 mai 2018 de 20h à 22h – Révision 1 – Les disjonctions et le carré sémiotique

Le sens, annonce de façon fondatrice la sémantique structurale, s'établit par disjonction. Par exemple le sujet versus l'objet: Sigmund Freud l'affirmait, et Melanie Klein l'a mis au centre de sa théorie, on ne peut définir le sujet que par rapport à l'objet. Or, il existe deux types de disjonctions: les relations de contrariété (ou oppositions) et les relations de contradiction (ou négations). Repérer si l'on a affaire à l'une ou à l'autre est un premier acquis sémiotique d'une grande portée clinique. Un exemple d'opposition est la disjonction du bien et du mal: il y a des degrés entre le bien et le mal, et à mi-chemin une zone ambiguë et/ou ambivalente qui touche à la complexité. Par contraste, un exemple de négation est la disjonction de l'autorisé et de l'interdit: "Qui vole un œuf vole un bœuf" ne signifie pas qu'il n'y ait pas des degrés de gravité dans le vol, mais qu'il n'y a pas de catégorie intermédiaire entre le vol et le non-vol.

Le carré sémiotique est un outil articulant les deux types de disjonctions de façon à rendre compte de la complexité des concepts, des phénomènes et des événements. Difficile à maîtriser, il s’avère pourtant, à l’usage, très opératoire. Sous l'angle philosophique, on pourrait le voir comme une "procédure de vérité", c'est-à-dire une manière de mettre un concept à l'épreuve. On peut l'utiliser dans le cadre d'une théorie qu'on désire peaufiner, mais également chaque fois qu'on ne sait plus par quel bout prendre une problématique, qu'elle soit personnelle ou concerne quelqu'un d'autre, un patient pour un psychothérapeute ou un médecin, un justiciable pour un avocat, un élève pour un professeur, etc.

2. Jeudi 7 juin 2018 de 20h à 22h – Révision 2 – Le schéma narratif canonique

Une quête s'organise en trois épreuves: qualifiante, principale et glorifiante. Ces épreuves, qu'on peut aisément rapporter à de grandes catégories anthropologiques et culturelles telles que les rites de passage ou les structures rhétorique et poétique, confrontent le sujet au manque, à la traîtrise et finalement à lui-même, à son identité, ses appartenances, ses possibles et ses limites, à son engagement dans les actions qu'il doit et/ou désire poser. Le schéma narratif canonique illustre de façon magistrale l'adage voulant qu'il n'y ait pas de changement sans crise, et montre pourquoi et comment ladite crise peut déboucher sur "toujours plus de la même chose" ou, au contraire, un vrai progrès permettant d'éviter la tragédie.

3. Jeudi 21 juin 2018 de 20h à 22h – Révision 3 – Le schéma actantiel

Pour peu qu'on l'analyse sous l'angle narratif, on se rend compte que le désir du sujet pour l'objet met en scène bien plus que deux acteurs: destinateur (émetteur) et destinataire (récepteur), adjuvant et opposant, prescripteur et censeur, etc. A nouveau, il est question de l'articulation des différents espaces psychiques, cette fois autour du modèle de la quête: quelqu'un ou quelque chose pousse le sujet à quitter sa communauté à la recherche d'un objet dont il croit que cela va changer sa vie. Si la quête aboutit, toute la communauté y trouvera un bénéfice. Qu'on adhère ou non à ce modèle, il met en tout cas en perspective l'articulation du singulier et du pluriel.

4. Jeudi 13 septembre 2018 de 20h à 22h – Révision 4 – Les modalités du faire et de l'être

L’individu se construit comme sujet sur quatre modalités: le pouvoir, le savoir, le vouloir et le devoir. Il en va de même pour les liens, les groupes et les collectifs qui, en accord avec les conceptions d’Edgar Morin, peuvent parfaitement accéder à une certaine autonomie. Encore faut-il préciser ce qu'il entend par "autonomie", et la sémiotique par "sujet". En quoi, par exemple, peut-on dire que les dieux, qui sont des émanations du collectif, ont des désirs? En quoi et comment un personnage de fiction peut-il avoir une volonté qu'il impose à son auteur? Un concept échapper à son promoteur et changer la vie d'un certain nombre d'individus, dont certains penseront l'avoir inventé? Quand peut-on dire d'une foule que c'est un sujet, et cas échéant quel serait son objet? Etc.

5. Jeudi 11 octobre 2018 de 20h à 22h – Nomenclature passionnelle (la fondation du sujet)

Dresser des nomenclatures n’a de sens que si elles soutiennent la compréhension des phénomènes. Par exemple, on aurait tort de confondre l’émotion, qui correspond à un état interne au sujet, avec le sentiment, qui qualifie la relation et, ce faisant, lui donne une orientation. Même les actions les plus rationalisées se soutiennent d’une "passion", une "pulsion" dirait un psychanalyste, une "poussée" irrationnelle qui motive l'action et sans laquelle il ne se passerait rien. A l'instar de la première cybernétique en thérapie familiale systémique, la sémiotique française de première génération analysait le sens des récits à travers les actions posées par les différents acteurs en présence, mais à partir de la deuxième génération, une place croissante fut donnée à la dimension pathémique, c'est-à-dire aux passions.

6. Jeudi 15 novembre 2018 de 20h à 22h – La théorie de la valeur (la fondation de l'objet)

"L'objet visé, écrit Algirdas Greimas, n'est qu'un prétexte, qu'un lieu d'investissement des valeurs, un ailleurs qui médiatise le rapport du sujet à lui-même". Qu'entend-il exactement par là, et quel rapport existe-t-il entre les valeurs dites "modales", soutenant les transformations narratives, et les valeurs au sens moral du terme? Dans tous les cas de figure, la valeur qu'un sujet attribue à un objet reflète l'investissement auquel il consent et/ou est prêt à consentir, sachant que ledit investissement va de pair avec un pari, l'attente d'un "retour sur investissement". Ce schéma peut sembler simpliste, à tort, car le "retour" ne vient pas forcément de l'objet, et c'est bien pourquoi l'on parlera de valeur plutôt que, par exemple, d'intérêt.

7. Jeudi 13 décembre 2018 de 20h à 22h – La compétence passionnelle (la rencontre du sujet et de l'objet)

Aux antipodes du "désir mimétique" postulé par René Girard, la sémiotique suppose qu'il n'y ait désir que si la conjonction du sujet et de l'objet est possible. La compétence du sujet s'exprime à différents niveaux, dont le noyau serait passionnel: avant de faire quoi que ce soit, le sujet commence par "pâtir". La rencontre de l'objet "trouble" le sujet, et la compétence passionnelle du sujet tient dans ce trouble plus encore que dans les qualités rendant sa conjonction avec l'objet possible. Aux antipodes de ce "script", il y a des acteurs que rien ne trouble et qui, de ce fait, n'occuperont jamais une pleine place de sujet: ils s'entendent à troubler l'autre, mais éviteront à tout prix de s'engager dans le lien.

8. Jeudi 10 janvier 2019 de 20h à 22h – L'avarice

Un premier exemple de compétence passionnelle concerne l'avarice, comprise comme un îlot de résistance aux valeurs partagées par la société à laquelle l'avare appartient. Explicitement, l'avare entend recevoir plus qu'il ne donne. Pour le formuler dans les termes qu'aurait utilisés l'anthropologue Marcel Mauss, il se dérobe à la logique de l'échange voulant que le don soit obligatoirement suivi d'un contre-don. L'enjeu pour l'avare étant l'argent, c'est-à-dire une valeur éminemment quantifiable, son cas est paradigmatique de toutes sortes de situations dans lesquelles la "balance des comptes" n'est pas équilibrée. On voit à travers l'exemple de l'avarice que le concept de compétence n'est pas moralisé en sémiotique: on est alors au plus près du paradigme de complexité.

9. Jeudi 7 février 2019 de 20h à 22h – La jalousie (à travers trois pièces de Shakespeare)

La jalousie est moins peut-être un sentiment qu'une quête d'un certain type, une enquête pourrait-on dire, dont l'objectif n'est ni de prouver la culpabilité du conjoint, ni d'établir son innocence, mais de nourrir le soupçon. Cette affirmation sera étayée par trois pièces de William Shakespeare: "Beaucoup de bruit pour rien", "Othello" et "Le conte d'hiver". Il s'agira, à travers l'analyse de ces exemples, de tracer la frontière entre une jalousie normale constitutive du lien, et la jalousie pathologique telle qu'on la voit s'exprimer dans certains couples, sous des formes plus ou moins délirantes qui transforment le lien en "ligature", c'est-à-dire un lien paradoxal qui par une même action éloigne l'autre et le tient prisonnier.

10. Jeudi 28 février 2019 de 20h à 22h – Tensions et transformations passionnelles

Jacques Fontanille et Claude Zilberberg proposent un outil qui a inspiré beaucoup de travaux sémiotiques, décomposant la présence au monde en étendue de la saisie et intensité de la visée. Si l'on porte ces deux facteurs respectivement en abscisse et en ordonnée d'un schéma cartésien, on obtient une représentation nuancée des différentes transformations passionnelles possibles. La question explicitement posée par les structures tensives est celle du devenir, des chemins du changement, des métamorphoses du sens et des conséquences de celles-ci sur les ressentis et les actions du sujet. La façon, par exemple, dont ledit sujet se met à choisir quelque chose qu'il s'était jusque-là contenté de subir.

11. Jeudi 4 avril 2019 de 20h à 22h – Du Moi-peau (Anzieu) au Soi-enveloppe (Fontanille)

Le sémioticien Jacques Fontanille effectue une relecture de la théorie du Moi-peau proposée par le psychanalyste Didier Anzieu en l'articulant à celle de l'identité narrative développée par le philosophe Paul Ricœur: quelque chose se construit dans la confrontation de l'ego et de l'alter ego, de l'ordre d'une enveloppe identitaire et même de deux enveloppes, le Soi-idem et le Soi-ipse. Le concept de Soi-idem rend compte d'une identité figée qui ne se laisse pas altérer par la rencontre avec l'autre, et va dès lors répéter ses composantes à l'identique, alors que celui de Soi-ipse qualifie une identité évolutive s'adaptant aux rencontres, aux obstacles, aux contraintes de façon à maintenir identique quelque chose de l'ordre du projet, d'un élan vers le futur, d'une visée. Ces deux identités sont aussi indispensables l'une que l'autre, car leur dialectique soutient le sentiment du Je, point d'appui de toute action.

12. Jeudi 2 mai 2019 de 20h à 22h – Lien vs clivage

La psychanalyse et la psychopathologie ont beaucoup approfondi le continuum libidinal c'est-à-dire l'univers du lien, mais n'ont commencé à investir qu'assez tardivement le continuum narcissique c'est-à-dire l'univers du clivage. L'exploration sémiotique de la disjonction du lien et du clivage est à cet égard très instructive: le clivage n'est pas un non-lien mais le déni d'un lien, se jouant le plus souvent aux niveaux conjointement intrapsychique, interpersonnel, groupal et collectif. Car selon la formule de Paul-Claude Racamier, le clivage est contagieux.

13. Jeudi 6 juin 2019 de 20h à 22h – Conflit vs guerre

Différencier le conflit et la guerre est un peu artificiel mais permet d'approfondir l'opposition du lien et du clivage. On en arrive alors à considérer la guerre comme un déni du conflit, ce qui ouvre sur l'analyse des logiques de guerre dans les couples, les familles, les institutions ou les sociétés: les belligérants ont les uns des autres une image binaire faisant que même un acte de conciliation est susceptible d'être interprété comme une provocation. On peut faire la guerre dans un but de conquête, mais le plus souvent on la fait parce qu'on la croit inévitable. Une fois la guerre "déclarée", il faut la gagner, et cette nécessité a pour conséquence que la pensée binaire s'introduit dans tous les domaines qu'elle avait jusqu'alors épargnés.

Ⓒ Jean-Claude Maes 2017

Modalités pratiques:

Salle: PREFER asbl – 68 rue Coenraets – 1060 Saint-Gilles (Bruxelles) – contact@preferasbl.com

Accès en métro: lignes 3, 4 et 51, arrêt Porte de Hal

Accès en tram: ligne 81, arrêt Bethleem, ou lignes 32, 81 et 82, arrêt Suède (gare du Midi)

Accès en bus: lignes 49, 50 et 58, arrêt Suède (gare du Midi)

Coût des séances: 20 euros la séance ou 70 euros le carnet de 5 séances (35 euros pour les étudiants). Entrées et carnets peuvent être achetés online sur notre site, ou en cash à l’entrée du séminaire. Les carnets sont nominatifs, mais peuvent être cédés à un tiers pour peu que le nom de celui-ci nous soit communiqué par mail au moins 24h à l’avance.

Renseignements: sos-sectes.com et/ou info@sos-sectes.com.

Contact
Adresse

1060 Bruxelles
Belgique

Suivez-nous
Logo Francophones Bruxelles-smaller