Séminaire – La narrativité en psychothérapie II – Les passions

10 séances de septembre 2017 à juin 2018

La narrativité en psychothérapie II. Sémiotique des passions

Depuis 2012, nous donnons une place croissante, dans nos colloques, à la sémiotique, dont l'usage en psychothérapie (et dans d'autres domaines) s'avère fécond, mais dont l'apprentissage est ardu à défaut d'une initiation adaptée. En septembre 2016, Jean-Claude Maes a commencé à assurer, une fois par mois, quelque chose comme une traduction d’un concept sémiotique utile en psychothérapie, en l’illustrant par des situations cliniques.

En 2016-2017, l'accent à été mis sur les actions; en 2017-2018, il sera mis sur les passions; et en 2018-2019, sur le fonctionnement des collectivités. A partir de septembre 2017, les séances n'auront plus lieu selon un horaire précis, mais une fois par mois sur rendez-vous avec les participants, de façon à rencontrer les disponibilités de chacun. Elles dureront 2h, soit 1h d'exposé et 1h de présentation de cas et/ou de supervision clinique.

Ce séminaire, même s'il met l'accent sur les psys, est ouvert à un public assez large: intervenants divers en santé, affaires sociales, justice ou éducation, linguistes, sociologues et anthropologues, philosophes, historiens, hommes de lettre et/ou de théâtre, artistes, curieux, etc. En somme, notre objectif est de rendre accessible à un public le plus large possible une discipline beaucoup plus pragmatique que ne le laissent croire les publications de ses inventeurs.

 

1. Septembre 2017 – Révisions I

Pour ceux qui voudraient prendre ces séminaires en cours de route, mais aussi pour les fidèles qui voudraient revenir sur certaines notions, nous commencerons cette deuxième année par un jeu de questions-réponses concernant la première.

 

2. Octobre 2017 – Nomenclature passionnelle

Dresser des nomenclatures n’a de sens que si elles soutiennent la compréhension des phénomènes. Par exemple, on aurait tort de confondre l’émotion, qui correspond à un état interne au sujet, avec le sentiment, qui qualifie la relation et, ce faisant, lui donne une orientation. Même les actions les plus rationalisées se soutiennent d’une "passion", une "pulsion" dirait un psychanalyste, une "poussée" irrationnelle qui motive l'action et sans laquelle il ne se passerait rien. A l'instar de la première cybernétique en thérapie familiale systémique, la sémiotique française de première génération analysait le sens des récits à travers les actions posées par les différents acteurs en présence, mais à partir de la deuxième génération, une place croissante fut donnée à la dimension pathémique, c'est-à-dire aux passions.

 

3. Novembre 2017 – La théorie de la valeur

"L'objet visé, écrit Algirdas Greimas, n'est qu'un prétexte, qu'un lieu d'investissement des valeurs, un ailleurs qui médiatise le rapport du sujet à lui-même". Qu'entend-il exactement par là, et quel rapport existe-t-il entre les valeurs dites "modales", soutenant les transformations narratives, et les valeurs au sens moral du terme? Dans tous les cas de figure, la valeur qu'un sujet attribue à un objet reflète l'investissement auquel il consent et/ou est prêt à consentir, sachant que ledit investissement va de pair avec un pari, l'attente d'un "retour sur investissement". Ce schéma peut sembler simpliste, à tort, car le "retour" ne vient pas forcément de l'objet, et c'est bien pourquoi l'on parlera de valeur plutôt que, par exemple, d'intérêt.

 

4. Décembre 2017 – La compétence passionnelle

Aux antipodes du "désir mimétique" postulé par René Girard, la sémiotique suppose qu'il n'y ait désir que si la conjonction du sujet et de l'objet est possible. La compétence du sujet s'exprime à différents niveaux, dont le noyau serait passionnel: avant de faire quoi que ce soit, le sujet commence par "pâtir". La rencontre de l'objet "trouble" le sujet, et la compétence passionnelle du sujet tient dans ce trouble plus encore que dans les qualités rendant sa conjonction avec l'objet possible. Aux antipodes de ce "script", il y a des acteurs que rien ne trouble et qui, de ce fait, n'occuperont jamais une pleine place de sujet: ils s'entendent à troubler l'autre, mais éviteront à tout prix de s'engager dans le lien.

 

5. Janvier 2018 – L'avarice

Un premier exemple de compétence passionnelle concerne l'avarice, comprise comme un îlot de résistance aux valeurs partagées par la société à laquelle l'avare appartient. Explicitement, l'avare entend recevoir plus qu'il ne donne. Pour le formuler dans les termes qu'aurait utilisés l'anthropologue Marcel Mauss, il se dérobe à la logique de l'échange voulant que le don soit obligatoirement suivi d'un contre-don. L'enjeu pour l'avare étant l'argent, c'est-à-dire une valeur éminemment quantifiable, son cas est paradigmatique de toutes sortes de situations dans lesquelles la "balance des comptes" n'est pas équilibrée. On voit à travers l'exemple de l'avarice que le concept de compétence n'est pas moralisé en sémiotique: on est alors au plus près du paradigme de complexité.

 

6. Février 2018 – La jalousie

La jalousie est moins peut-être un sentiment qu'une quête d'un certain type, une enquête pourrait-on dire, dont l'objectif n'est ni de prouver la culpabilité du conjoint, ni d'établir son innocence, mais de nourrir le soupçon. Cette affirmation sera étayée par trois pièces de William Shakespeare: "Beaucoup de bruit pour rien", "Othello" et "Le conte d'hiver". Il s'agira, à travers l'analyse de ces exemples, de tracer la frontière entre une jalousie normale constitutive du lien, et la jalousie pathologique telle qu'on la voit s'exprimer dans certains couples, sous des formes plus ou moins délirantes qui transforment le lien en "ligature", c'est-à-dire un lien paradoxal qui par une même action éloigne l'autre et le tient prisonnier.

 

7. Mars 2018 – La structure tensive

Jacques Fontanille et Claude Zilberberg proposent un outil qui a inspiré beaucoup de travaux sémiotiques, décomposant la présence au monde en étendue de la saisie et intensité de la visée. Si l'on porte ces deux facteurs respectivement en abscisse et en ordonnée d'un schéma cartésien, on obtient une représentation nuancée des différentes transformations passionnelles possibles. La question explicitement posée par les structures tensives est celle du devenir, des chemins du changement, des métamorphoses du sens et des conséquences de celles-ci sur les ressentis et les actions du sujet. La façon, par exemple, dont ledit sujet se met à choisir quelque chose qu'il s'était jusque-là contenté de subir.

 

8. Avril 2018 – De Moi-peau en Soi-enveloppe

Le sémioticien Jacques Fontanille effectue une relecture de la théorie du Moi-peau proposée par le psychanalyste Didier Anzieu en l'articulant à celle de l'identité narrative développée par le philosophe Paul Ricœur: quelque chose se construit dans la confrontation de l'ego et de l'alter ego, de l'ordre d'une enveloppe identitaire et même de deux enveloppes, le Soi-idem et le Soi-ipse. Le concept de Soi-idem rend compte d'une identité figée qui ne se laisse pas altérer par la rencontre avec l'autre, et va dès lors répéter ses composantes à l'identique, alors que celui de Soi-ipse qualifie une identité évolutive s'adaptant aux rencontres, aux obstacles, aux contraintes de façon à maintenir identique quelque chose de l'ordre du projet, d'un élan vers le futur, d'une visée. Ces deux identités sont aussi indispensables l'une que l'autre, car leur dialectique soutient le sentiment du Je, point d'appui de toute action.

 

9. Mai 2018 – Lien vs clivage

La psychanalyse et la psychopathologie ont beaucoup approfondi le continuum libidinal c'est-à-dire l'univers du lien, mais n'ont commencé à investir qu'assez tardivement le continuum narcissique c'est-à-dire l'univers du clivage. L'exploration sémiotique de la disjonction du lien et du clivage est à cet égard très instructive: le clivage n'est pas un non-lien mais le déni d'un lien, se jouant le plus souvent aux niveaux conjointement intrapsychique, interpersonnel, groupal et collectif. Car selon la formule de Paul-Claude Racamier, le clivage est contagieux.

 

10. Juin 2018 – Conflit vs guerre

Différencier le conflit et la guerre est un peu artificiel mais permet d'approfondir l'opposition du lien et du clivage. On en arrive alors à considérer la guerre comme un déni du conflit, ce qui ouvre sur l'analyse des logiques de guerre dans les couples, les familles, les institutions ou les sociétés: les belligérants ont les uns des autres une image binaire faisant que même un acte de conciliation est susceptible d'être interprété comme une provocation. On peut faire la guerre dans un but de conquête, mais le plus souvent on la fait parce qu'on la croit inévitable. Une fois la guerre "déclarée", il faut la gagner, et cette nécessité a pour conséquence que la pensée binaire s'introduit dans tous les domaines qu'elle avait jusqu'alors épargnés.

 

Modalités pratiques:

Salle: Maison Médicale Marconi – 85 rue Marconi – 1190 Forest (Bruxelles) – Tél. 02 345 58 81

Coût des séances: 20 euros la séance ou 70 euros le carnet de 5 séances (35 euros pour les étudiants). Entrées et carnets peuvent être achetés online sur notre site, ou en cash à l’entrée du séminaire. Les carnets sont nominatifs, mais peuvent être cédés à un tiers pour peu que le nom de celui-ci nous soit communiqué par mail au moins 24h à l’avance.

Renseignements: sos-sectes.com et/ou info@sos-sectes.com.

Adresse

85, Rue Marconi
1190 Bruxelles
Belgique

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Avec le soutien du membre du Collège de la Commission communautaire française chargé de la Santé.