Groupes d'entraide

Les groupes d’entraide ont été très à la mode pendant les années 90, mais sont actuellement en perte de vitesse dans la plupart des associations qui en proposent ou en proposaient – car certaines y ont renoncé. Nous ne saurions pourtant trop encourager les personnes qui nous consultent à s’y inscrire, car tous ceux qu’il nous a été donné d’animer ont démontré la puissance thérapeutique de cette activité en ce qui concerne les victimes d’emprise.

D’une part, on y rencontre d’autres victimes et on y constate de visu d’une part qu’elles ont vécu la même chose que soi dans des groupes très différents les uns des autres en ce qui concerne les croyances, d’autre part que ces gens ne sont ni fous, ni bêtes, ni faibles, mais bien au contraire semblent plutôt sains d’esprit, intelligents et pleins de ressources. Cette rencontre de « semblables » étaye chacun, le renforce tant en termes de confiance en soi que de sortie de la honte.

D’autre part, ces « semblables » sont également très différents les uns des autres, aussi bien en ce qui concerne leurs parcours de vie que leur motivation à se soumettre à un gourou. Ces différences s’avèrent également très éclairantes et soutiennent, avec l’aide des animateurs, l’établissement pour chacun d’un sens.

Nous avons été amenés à introduire deux variantes au fonctionnement classique des « groupes d’entraide » qu’on qualifie parfois aussi de « groupes de parole ».

Premièrement, nous avons remplacé l’obligation de « tout dire » par une autorisation de ne pas répondre à toutes les questions, qu’elles soient posées par les animateurs ou par d’autres participants. Nous avons assorti cette autorisation d’une interdiction faite à tous les membres du groupe, animateurs inclus, d’insister pour obtenir une réponse à une question, ou même une raison au refus de répondre : on ne doit pas se justifier de son silence. La raison de cette règle est simple : il nous fallait prévenir tout risque que le groupe d’entraide reproduise si peu que ce soit les intrusions du « gourou ».

Deuxièmement, nous avons remplacé le principe de la parole libre par celui d’une co-construction de sens. Il s’agit même, plus explicitement, de théoriser ensemble sur les ressorts de l’embrigadement, de l’emprise, du désembrigadement et des chemins de la reconstruction. Ce dispositif s’est avéré d’une grande pertinence.

On n’efface pas un traumatisme. Comme le chante Jacques Brel, « on n’oublie rien, de rien, on s’habitue, c’est tout ». Du moins, peut-on donner à l’événement traumatique un sens qui permette de l’intégrer à l’histoire de sa vie. Le sens a une double acception de signification et de direction : travailler le sens, c’est à la fois essayer de comprendre ce qui est arrivé, pourquoi et comment cela s’est produit, et retrouver le fil de ses désirs, de ses projets, de ses idéaux. Éviter de devenir amer ou pire encore cynique.

Dispositif et modalités de participation

Nous proposons des groupes fermés auxquels les participants s’engagent pour dix séances de 1h30. En d’autres termes, les participants s’engagent à participer aux dix séances et nous nous engageons à ne laisser entrer aucun nouveau dans cette session.

Nous recevons préalablement les candidats en consultation individuelle, pour discuter avec eux de la pertinence des groupes d’entraide dans leur cas spécifique.

Chaque séance de groupe commence par la lecture d’un texte ou un micro-exposé théorique (5 minutes maximum) destinés à lancer le débat.

Tarif : 5 € la séance.

 

Groupes d'entraide pour victimes de groupes sectaires

Au début, nous scindions ces groupes en « groupes d’entraide pour ex-adeptes de sectes » et « groupes d’entraide pour proches d’adeptes de sectes ».

Les « groupes d’entraide pour ex-adeptes de sectes » fonctionnaient régulièrement, par cycle de dix séances, autour de dix critères inspirés des travaux de Robert Lifton d'une part, de Margaret Singer d'autre part, qui permettent de faire la différence entre une église et une « secte à alibi religieux[1] ». L’objectif pour les ex-adeptes était de comprendre plus clairement de quoi au juste ils étaient victimes, afin de se dégager de leur sentiment de culpabilité.

Dans les « groupes d’entraide pour proches d’adeptes de sectes », il s’agissait de mieux comprendre ce qui arrive aux adeptes, et de trouver dans le groupe des ressources afin, dans un premier temps, de ne pas rompre avec l’adepte, et, dans un second temps, d’élaborer des stratégies pour le pousser à quitter la secte. Ce travail était aidé du témoignage des ex-adeptes.

La difficulté de réunir un nombre suffisant de participants sans faire attendre les premiers trop longtemps nous a amenés à les réunir, pour finalement nous rendre compte que cette réunion était pleine de sens du fait que le point de vue des ex-adeptes et celui des proches non adeptes sont complémentaires.

Les ex-adeptes expliquent aux proches d’adeptes ce que vivent les adeptes, les conseillent et parfois même les guident dans leurs stratégies et, d’une pierre deux coups, trouvent une forme de réparation dans le fait de se sentir utiles ; les proches d’adeptes, de leur côté, témoignent de leur propre vécu, ce qui donne aux ex-adeptes des points de repère pour comprendre ce qui s’est passé dans leur famille en leur « absence » et les aide à se reconstruire, sachant que cette reconstruction passe entre autres par des démarches de réparation.

Nous ne pensons pas qu’il soit nécessaire de limiter les participants aux victimes d’un seul et même groupe sectaire, car une des choses qui ressortent de nos groupes d’entraide, c’est l’étonnement des participants de constater qu’au-delà des différences parfois abyssales entre les croyances ; les processus groupaux sont quasiment des copiés-collés. Or, c’est cela que doivent arriver à démêler les uns et les autres : en quoi consiste la groupalité sectaire ?

Groupes d'entraide pour ex-adeptes de "sectes à deux"

En 2007-2008, nous avons organisé des groupes d'ex-adeptes de « sectes à deux », comme l'était, par exemple, Milène. Brièvement, nous dirons des « sectes à deux » que ce sont des couples dans lesquels on peut observer un conjoint qui se comporte comme un « gourou », l'autre qui réagit comme un « adepte », le tout autour de croyances communes, celles qui ont présidé à la fondation du couple.

Groupes d'entraide pour jeunes en voie de "déradicalisation"

Les méthodes de recrutement et les enjeux groupaux des groupes sectaires et des groupes "djihadistes" sont fort semblables, et de façon générale, les "radicalismes" présentent plus de points communs avec les sectarismes qu’avec les intégrismes.

Ces points communs ne doivent cependant pas masquer les différences: 

  1. Au sommet de la hiérarchie, on trouve peut-être moins, dans les "radicalismes", un "gourou" qu’une organisation militaire au centre d’un certain nombre d’enjeux géopolitiques.
  2. La nature de l’engagement attendu de l’adepte implique une dimension d’irréversibilité beaucoup plus prononcée dans les groupes "djihadistes" que dans les sectes.

Il faut tenir compte de ces différences dans l’organisation de groupes d’entraides pour jeunes en voie de "déradicalisation": plus précisément, il nous paraîtrait important de mélanger des jeunes qui se différencient fortement tant par leur degré d’engagement que par celui de leur désengagement.

Groupes d'entraide pour familles de jeunes "radicalisés"

Quand les familles se rencontrent, elles voient chacune chez les autres ce qu’elles ne réalisent pas pour elles-mêmes, et avec l’aide des animateurs s’appuient les unes sur les autres pour d’une part éviter les comportements contre-productifs, et d’autre part mettre en place des comportements plus adaptés. Elles peuvent ainsi favoriser voire provoquer le désembrigadement, mais aussi et peut-être surtout préparer la sortie, car le désembrigadement ne suffit pas. En effet, les familles voudraient retrouver leur enfant « comme avant », ce qui suscite un autre type de comportements contre-productifs, risquant malgré elles de replonger le jeune dans l’embrigadement.

Témoignage de Milène

L'intérêt, pour nous, du témoignage de Milène, par ailleurs semblable à tant d'autres sur le fond, est que cette patiente a appliqué notre grille d'expertise du degré de sectarisme d'un groupe à l'examen de son couple, et nous a autorisé à publier le résultat de cet exercice.

Par ailleurs, les données identitaires sont suffisamment vagues pour que personne ne puisse reconnaître le "gourou" qui, lui, comme on l'imagine bien, n'a pas été consulté. => Lire la suite du Témoignage de Milène

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