Comprendre le phénomène sectaire

Il nous est apparu assez rapidement qu’il était impossible de rendre compte valablement du phénomène sectaire, sans parler de mettre en place une aide aux victimes efficace, en l’analysant sous un angle purement psychologique, juridique ou sociologique.

Il était nécessaire de tenir les trois points de vue d’une seule main.

Psychologie

A un niveau strictement psychologique, il faut envisager trois niveaux de lecture que le psychanalyste René Kaës qualifie d’espaces psychiques, insistant sur la double nécessité de bien les différencier pour mieux les articuler: l’intrapsychique, l’interpersonnel et le groupal.

 

Niveau intrapsychique

Qu’est-ce que l’adepte rejoue des aléas de son histoire à travers l’embrigadement sectaire ?

Quelle part de lui-même adhère-t-elle à la proposition du gourou?

Identifier cette part est d’autant plus important qu’elle survit à l’embrigadement. 

L’enjeu intrapsychique est très différent suivant que l’adepte soit dans une "secte à deux", dans un groupe sectaire de petite taille ou dans un grand groupe international, ou encore suivant que l’emprise du gourou soit purement affective ou revête une dimension plus concrète (par exemple une dépendance financière), etc. 

Le gourou est un personnage assez caricatural, et sa pathologie devrait sauter aux yeux de ses proches, mais justement ce n’est pas le cas.

À distance, il fascine, à proximité il devrait repousser, mais force est de constater qu’il tient ses proches dans une véritable prison mentale. 

 Dans les grands groupes, les adeptes de base sont moins sous l’emprise du gourou (qu’ils ne rencontrent jamais) que sous celle d’un groupe, et on ne s’étonnera donc pas que la plupart d’entre eux présentent ce que les psychologues nomment une "personnalité névrotique normale".

Cette catégorie d’adeptes se caractérise par un certain idéalisme et le fait de passer, au moment du recrutement, par une phase de fragilisation identitaire: qui suis-je ?

Dans les petits groupes, par contre, il faut noter au minimum une certaine cécité et/ou anesthésie par rapport à certains comportements du gourou qui feraient s’enfuir la plupart des gens.

Quelque chose comme une sonnette d’alarme qui ne fonctionne pas, avec pour conséquence que l’adepte est incapable de se protéger contre les "coups" qui ne manquent jamais de lui pleuvoir dessus.

 

Niveau interpersonnel

Il s’agit ici des liens qui se nouent pendant l’embrigadement, incluant l’emprise que le gourou exerce sur l’adepte, mais aussi les liens égalitaires entre adeptes: parfois, l’adepte a pris conscience que l’emprise du gourou est malsaine, mais reste parce qu’il sait que son départ en ferait un exclu. 

"Le lien n’est pas la relation", affirme Pierre Benghozi.

Sans détailler, disons en tout cas que la relation est une interaction qui n’engage à rien.

Une des façons de comprendre l’emprise sectaire étant alors de constater que si l’adepte est lié au gourou, celui-ci n’est lié à personne, et que le problème est moins l’emprise du "gourou" sur l’adepte que l’absence d’emprise de l’adepte sur le "gourou": l’adepte s’adapte toujours plus à la pathologie du "gourou", s’engageant ainsi dans une véritable nasse, alors que le "gourou" ne varie pas d’un iota dans ses convictions, exigences en tout genre et autres prétentions.

 

Niveau groupal

Il s’agit enfin de tout ce qui relève de la psychologie de groupe, sachant que l’emprise du gourou tient pour beaucoup d’une confiscation des forces qui président à la cohésion groupale.

Nous avons également mis à jour le rôle joué par ceux, parmi les proches non adeptes, que nous qualifions de co-adeptes: autant l’adepte est obsédé par le "gourou" et la secte dans lesquels il n’arrive à identifier que le bien (angélisme), autant le co-adepte est plus obsédé encore par eux mais n’y voit que le mal (diabolisation).

Droit

Quant au droit, il suit une logique qui rend compte des faits sans réellement les recouvrir, et le rôle d’un bon avocat pourrait bien être d’assumer un travail de traduction, de ses clients vers les tribunaux d’abord, puis inversement.

Nous proposons deux articles :

=> Quelques extraits du droit belge

Ces extraits ne permettront pas aux victimes de se défendre sans avocat, et ne renseigneront pas ces derniers sur les procédures possibles. Ils ont comme ambition de faire réfléchir les unes et les autres à quelques angles d’attaque réalistes. Du côté des angles non réalistes, rappelons que jusqu’à nouvel ordre, au moins en Belgique, le sectarisme n’est pas une infraction, n’a pas de définition légale.

=> Références de jurisprudence belge

Il s’agit d’une synthèse des articles repris dans notre "Recueil de jurisprudence belge en matière de sectes" (voir "Publications"), qui a été présentée lors du "Premier colloque belge d’aide aux victimes de sectes" (voir également "Publications").

Sociologie

L’émergence du phénomène sectaire est datée et tout porte à l’interpréter comme un symptôme de ce que Benoist Charles appelle, dès 1929, « Les maladies de la démocratie ». Il faut d’ailleurs noter que le symptôme évolue dans le temps, comme sans doute la maladie dont il est le signe.

 

Quand nous avons commencé nos activités, en 1996, la majorité des ex-adeptes et des proches d’adeptes qui venaient nous consulter étaient confrontés à de grands groupes internationaux qui sont nés ou ont connu leur plus fort développement dans les années 70.

 

Progressivement, ces grands groupes ont reculé, en tout cas dans le cadre de nos consultations, devant une myriade de microgroupes, dont on pourrait se dire que certains d’entre eux grandiront avec le temps, mais dont nous avons l’impression que ce n’est pas leur vocation, qu’ils resteront petits du fait qu’ils reposent sur une emprise de proximité.

 

A la même époque, il est arrivé de plus en plus souvent qu’on vienne nous consulter pour d’autres situations d’emprise que l’embrigadement sectaire : violences conjugales et familiales, perversion narcissique et parfois sexuelle, harcèlement moral, inceste, etc.

 

Le fait pour l’adepte d’être loin du « gourou », de n’être en contact qu’avec ses intermédiaires, ou d’entretenir avec lui des relations proches, suppose deux profils radicalement différents.

 

Autant, dans le premier cas, on peut dire que personne n’est tout à fait à l’abri d’un embrigadement, autant dans le second, il faut au minimum que l’adepte potentiel souffre d’une forme de cécité et/ou d’anesthésie faisant que les sonnettes d’alarme qui devraient se déclencher en présence du « gourou » ne le font pas.

 

Plus récemment, nous avons commencé à être interpellés par rapport au « radicalisme » et au « djihadisme ».

Nous n’avons pas tout de suite compris pourquoi, car s’il nous était arrivé de l’être par rapport aux intégrismes, ceux-ci ne s‘apparentaient que vaguement aux « groupes sectaires ».

 

Au fond, on pourrait classer les totalitarismes et les intégrismes dans une même catégorie de dérives supposant un repli identitaire sur une nation et/ou une religion, là où les groupes sectaires se développent dans une marge, se réclament d’une fausse filiation (pas forcément religieuse d’ailleurs) et affichent une vocation internationaliste.

 

L’anthropologue Dounia Bouzar démontre que les groupes « djihadistes », non seulement ne recrutent pas principalement dans les populations musulmanes, mais défendent des conceptions souvent étrangères au Coran, parfois le contredisant, et visant un ordre international : c’est le monde entier qu’il s’agit de ramener par la terreur dans le droit chemin d’une vérité qui se prétend universelle.

Sémiotique

Jean-Claude Maes, président fondateur de SOS-Sectes, s’est mis assez rapidement à la recherche des moyens conceptuels d’articuler les apports en «aide aux victimes de comportements sectaires» de la psychanalyse, de la thérapie familiale systémique, d’une approche «légaliste», de l’anthropologie et de la sociologie.

Il s’est très tôt, dans ce cadre, intéressé aux approches narratologiques.

D’une exploration à l’autre, il s’est finalement arrêté sur la sémiotique, une méthode sémantique qui utilise la narrativité dans l’établissement du sens, qu’il s’agisse de celui d’un mot, d’une phrase, d’un récit ou de quoi que ce soit qui fasse sens.

A partir de là, il s’est mis à reformuler l’embrigadement sectaire en termes de quête identitaire, ce qui permet de donner en une seule formulation sa pleine place à la fois au désir de l’adepte, à sa manipulation par le gourou, au rôle de la famille de l’adepte et aux moyens de favoriser son désembrigadement puis sa reconstruction.

 

=> Lire l'article « Le système d’emprise » sur le site de l' IDRES

Conférences

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Publications

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Recherche

Dès 1996, le Centre de Consultations et de Planning Familial Marconi (CCPFM) lance une recherche scientifique en deux volets, sous la direction de Jean-Claude Maes, soit : le « Profil familial de 24 ex-adeptes de sectes » et le « Profil individuel de 25 ex-adeptes de sectes ».

 

L’étude du profil de l’ex-adepte était plus facile à effectuer que celle de l’adepte, et semblait pertinente dans la mesure où elle pouvait déboucher sur un ensemble d’observations significatives permettant d’élaborer des outils pour le suivi psychologique des ex-adeptes.

 

Les données de cette recherche ont été récoltées par des bénévoles et des étudiants en psychologie, dans le cadre de leur stage de fin d’étude ou de leur mémoire.

 

Citons en particulier Laurence Dricot, à l’époque ingénieur civil et étudiante en psychologie, qui a géré toute la partie quantitative de la première recherche (analyse de contenu, mise au point d’un questionnaire fermé, récolte et encodage des données, statistiques), ainsi que Barbara Chasse, à l’époque étudiante en psychologie, qui a récolté le plus grand nombre de protocoles de la seconde recherche, et en a assuré une lecture transversale.

 

Fin 1999, à l’occasion du « Premier colloque belge d’aide aux victimes de sectes », Barbara Chasse a présenté une première synthèse du volet « individuel », et Manuel Ribeiro, psychanalyste, quelques corrélations se dégageant du volet « familial ».

 

>> Sommaire des actes des colloques

 

Fin 2000, grâce au soutien de M. le Ministre Gosuin, membre du Collège de la Commission communautaire française (belge) chargé de la Santé, Laurence Dricot et Barbara Chasse ont pu affiner leurs recherches, et début 2002, un rapport sur ces données a été édité dans les Cahiers de la Santé n°16 : « Santé mentale et phénomène sectaire ».

 

Nous espérons pouvoir mener à bien une troisième recherche investiguant l’efficacité des méthodes de prévention du sectarisme.

 

Sommaire des Cahiers de la Santé n°16

Collectif (2001), Santé mentale et phénomène sectaire. Commission Communautaire Française, Bruxelles.

Pour télécharger la totalité des Cahiers de la Santé n°16, aller sur le site de la Commission communautaire française, Espace Téléchargements, Publications Santé, « Santé mentale et phénomène sectaire » :

www.cocof.be/telecharge/DOCS/sante/sectes.pdf

 

1. Introduction

a. Le point sur l’aide aux victimes de sectes en Belgique, par Jean-Claude MAES

b. Vers une définition du mot secte, par Véronique HOEYLAERTS

    Recherches, sous la direction de Jean-Claude MAES

a. Profil individuel de l’ex-adepte, par Barbara CHASSE

b. Analyse du vécu sectaire par l’ex-adepte d’une secte, par Laurence DRICOT

c. Synthèse et recommandations, par Jean-Claude MAES

    Deux exposés extraits du « Premier colloque belge d’aide aux victimes de sectes »

a. Observations sur la jurisprudence belge, par Marie-France MAINIL

b. Sectarisme et co-sectarisme, par Jean-Claude MAES

Annexes

a. Conseils aux proches d’adeptes de sectes, par Jean-Claude MAES

b. Les étapes à franchir pour retrouver une vie normale, par Jean-Claude MAES

c. Quelques associations d’aide aux victimes de sectes

d. Bibliographie

 
Profil individuel de l'ex-adepte

=> Lire l'étude réalisée par Barbara Chasse, sous la direction de Jean-Claude Maes

 

Analyse du vécu sectaire par l'ex-adepte d'une secte

=> Lire l'Analyse réalisée par Laurence Dricot, sous la direction de Jean-Claude Maes

 

Synthèse et recommandations suite aux deux recherches

=> Lire la synthèse réalisée par Jean-Claude Maes

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1190 Bruxelles
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Avec le soutien du membre du Collège de la Commission communautaire française chargé de la Santé.