Aider les enfants d'adepte

Les « lignes de partage » qui existent pour les adeptes, existent également pour leurs enfants.

Dans les cas les moins dramatiques où ceux-ci fréquentent l’école, ils transportent néanmoins avec eux les valeurs et les enseignements du groupe. Cela les singularise à l’école, les rend marginaux (clivage).

Par contre, ces mêmes valeurs et enseignements les uniformisent au sein du groupe sectaire (amalgame).

Au delà du risque terrible de la psychose, qui n’est heureusement pas le devenir le plus fréquent des enfants qui ont grandi en secte, il faut relever le terrible manque de tendresse dont souffrent ces enfants.

Un manque dont ils continueront à souffrir devenus adultes, et qui sera accentué par leur sentiment d’abandon et leur culpabilité du fait que leurs parents s’intéressaient au gourou tellement plus qu’à eux.

Une culpabilité qui pourra selon les cas se transformer en haine - mais la haine n’est pas davantage une solution, ne serait-ce que parce qu’elle aussi pourrait entraver la socialisation.

C’est le terrible sort de ceux qui sont aimés de façon conditionnelle. Alors que faire ?

Écouter les idées de l'enfant, même si on sait que ce ne sont pas les siennes

Après tout, les enfants sont toujours sous l’emprise de leurs parents : on appelle cela l’éducation.

Ce qu’il faut, c’est leur laisser l’occasion de s’approprier les idées qui leur ont été inculquées. Car en se les appropriant, ils les transforment – ou au pire, ils les transformeront à l’adolescence.

Ni la poursuite d’un idéal, ni le clivage ne sont en soi nocifs, mais il faut les faire basculer vers la possibilité de l’autonomie.

Pour cela, il est important, pour les enfants, non pas qu’on critique leurs parents adeptes, mais qu’on recadre le comportement de ceux-ci dans une perspective plus large, et qu’on les aide à faire un tri dans ce qu’ils ont reçu - car ils ont quand même reçu de l’amour, des règles, et tout ce que reçoit n’importe quel enfant.

Dépasser les clivages, démêler les amalgames

Pour dépasser les clivages qui ont cours dans la secte, il faut créer les conditions permettant le rétablissement de certains liens.

Ainsi, il ne faut surtout pas que les enfants aient l’impression qu’on leur demande de choisir entre leurs parents adeptes et les parents non adeptes, car à vrai dire, ils ont besoin des deux apports.

Aucun des deux ne permet l’autonomie, c’est la comparaison des deux qui permet aux enfants d’apprendre à faire leurs propres choix.

Il ne faut pas essayer d’inverser le rapport uniformité/ singularité, ou inclusion/ exclusion, mais autoriser une double appartenance fondatrice d’intersections où ils aient l’occasion de développer leur propre identité.

Réinvestir les plaisirs, les rêves, l'imagination

Racamier (voir plus haut ainsi qu’en bibliographie) les présente comme « un antidote modeste et cependant irremplaçable ».

Il conseille d’en user autant que faire se peut, et notamment par un moyen simple et à la portée de tout le monde : en donnant l’exemple.

Les ex-adeptes redécouvrent les petits plaisirs de l’existence, ceux qui ont passé leur enfance dans une secte ont à les découvrir.

Les proches qui ont l’occasion de passer des moments avec un enfant qui vit dans une secte, ont donc tout intérêt, non à essayer de le convaincre de quoi que ce soit, mais à lui offrir de tels plaisirs, à encourager ses rêves ainsi que l’imagination, absents de sa vie en secte.

Et le meilleur moyen de susciter ces petits riens, c’est d’en donner l’exemple, en les vivant…

Autoriser les secrets

Avoir des secrets, c’est le début de l’autonomie.

Les « jardins secrets » sont le noyau de l’individualité.

À l’inverse, vouloir révéler aux enfants les secrets qui pervertissent la vie sectaire est finalement moins important que de lever leur peur de la révélation.

D’une certaine façon, la plupart du temps, ces enfants savent ce qui se passe, même s’ils n’arrivent pas à mettre des mots sur ce savoir, mais avant tout ils ont peur de perdre l’amour des parents adeptes.

Cette peur est susceptible de les figer face à la révélation, et l’insistance des parents non adeptes sera souvent nocive, dans la mesure où elle contribuera à les singulariser (dans un amalgame avec les parents adeptes).

De plus et de façon générale, il ne faut pas devancer les questions d’un enfant. Voulant bien faire, les proches - et même les intervenants - pourraient se montrer intrusifs, et donc reproduire ce qui n’existe que trop dans la secte.

Reconstituer une temporalité

Il importe que ces enfants retrouvent le fil de l’histoire de leur famille, que la secte tend à couper en se substituant à la filiation réelle des adeptes.

Peu importe si ce fil est biaisé, par exemple du fait d’interférences des parents adeptes. Ce qui compte, c’est que ce fil ne soit pas coupé.

À cet effet, tous les moyens seront bons, sauf s’ils impliquent une manipulation de l’enfant.

Les photos de famille sont un bon média.

Mais il y en a beaucoup d’autres possibles.

La créativité est, une fois de plus, la bienvenue.

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